Une cour, une scie, un bail de 1995
La première machine installée rue Danton fut une scie à ruban d'occasion achetée 4 200 francs à un menuisier de Bolbec qui fermait son atelier après quarante ans de métier, une machine dont le volant inférieur a été changé en 2011 et dont la table d'origine, elle, n'a jamais bougé.
Le local du 136 impasse Danton n'était alors qu'un garage de 38 mètres carrés.
Il avait un sol en terre battue et une porte assez large pour laisser passer une camionnette. Il a fallu couler une dalle, tirer une ligne électrique, poser un plafond, et attendre trois semaines de travaux avant la première commande. Cette commande fut une bibliothèque en chêne pour un appartement de l'avenue Foch, à une centaine de mètres de la plage : dix-huit mètres linéaires du sol au plafond autour d'une porte condamnée, avec un devis qui tenait sur une feuille et qui avait été écrit à la main. Aujourd'hui l'atelier occupe deux volumes mitoyens, et l'adresse n'a pas bougé d'un mètre. C'est là que tout se dessine, se coupe et se monte avant de partir chez le client, et c'est là aussi qu'on range les racloirs et les serre-joints quand la journée se termine.
Ce qu'on refuse systématiquement
Le refus le plus fréquent concerne les véhicules.
On appelle régulièrement pour un habillage de camionnette, un plancher de fourgon, un meuble amovible pour camping-car : la réponse est non, et elle est immédiate. Le bois massif travaillé ici n'a rien à voir avec les panneaux et les fixations qu'exige l'aménagement d'un véhicule soumis aux vibrations, aux passages aux mines et à des contraintes de poids qui n'ont aucun rapport avec celles d'un salon, ce qui explique pourquoi la question ne se discute même pas depuis trois décennies.
Même logique pour l'électricité du bâtiment : nous ne touchons ni aux tableaux, ni aux circuits, ni aux prises. Un meuble peut intégrer une prise encastrée si un électricien qualifié a préparé l'arrivée, et nous posons alors le meuble, rien de plus. La frontière est nette et elle n'a jamais été franchie.
Trois autres domaines sont hors de portée : les circuits frigorifiques, la structure du bâtiment, et tout ce qui relève des pesticides ou des biocides. Pour un meuble de cuisine, on travaille sur le bois, pas sur le compresseur du réfrigérateur encastré. Pour une charpente, on refait une pièce de bois abîmée si elle est accessible et démontable ; on ne reprend pas un mur porteur. Pour les insectes du bois, on oriente vers des entreprises spécialisées, sans jamais intervenir soi-même et sans jamais dire au client qu'un traitement maison suffira. Un dernier refus, moins technique, concerne les délais impossibles : une commande passée le lundi pour le vendredi suivant est refusée. Trente ans d'expérience ont appris qu'un panneau mal collé ou une finition bâclée coûte plus cher que deux semaines de patience, surtout quand il faut ensuite tout reprendre sans pouvoir facturer le doublon.
Nathalie, Camille, Guillaume
Trois personnes font tourner la maison.
Nathalie Fournier tient les rendez-vous. Elle reçoit au 136 impasse Danton du lundi au vendredi, entre 9h30 et 12h30 puis de 14h00 à 18h00, et le samedi sur rendez-vous. C'est elle qu'on joint au 02 89 44 63 44 pour caler une visite, un relevé de cotes ou un retour de chantier, et c'est encore elle qui rappelle quand un devis traîne plus de huit jours.
Camille Mercier conduit les travaux : découpe, assemblage, ponçage, et le diagnostic sur les bois anciens, qui décide si une pièce supporte un décapage ou s'il vaut mieux la laisser telle quelle. Guillaume Leroy suit le service client, les devis, le planning, les livraisons et les questions qui arrivent par courriel à [email protected]. Personne d'autre ne travaille ici.
Cette taille réduite a une conséquence simple : on sait qui fait quoi, et le client aussi. Pas de sous-traitance en cascade, pas d'intermédiaire entre le dessin et la livraison, pas de dossier qui change de main trois fois. Quand un meuble arrive chez quelqu'un du quartier de l'Eure ou de Graville, la personne qui l'a coupé connaît la personne qui l'installe, et elle peut répondre au téléphone si un tiroir force au bout d'un mois.
Restaurer plutôt que remplacer
Portes anciennes, escaliers de maisons de Sainte-Adresse, buffets hérités, tables de ferme : les pièces arrivent souvent en mauvais état, parfois en plusieurs morceaux, et le travail de restauration occupe une part importante de l'activité depuis une dizaine d'années.
Le principe est de conserver au maximum le bois d'origine.
Une table de 1890 avec un plateau fendu sera recollée, non remplacée par une planche neuve. Une patine trop sombre sera nettoyée par étapes, jamais arrachée d'un coup, et le résultat n'est pas un meuble neuf : c'est le même meuble, plus solide, avec ses marques et son histoire visibles. La technique du bois n'a pas tellement changé en un siècle. Ce sont les outils qui ont évolué. La scie à ruban de 1995 cohabite maintenant avec une raboteuse plus récente et une collection de racloirs qu'on affûte à la main, un geste qui prend du temps mais qui donne un état de surface impossible à obtenir autrement. La commande numérique n'est jamais entrée dans l'atelier, et ce n'est pas un regret.
Les meubles libres, et pourquoi
Une part notable des commandes concerne des meubles qui ne sont fixés à rien : bibliothèques autoportantes, meubles bas, étagères murales posées sur équerres, caisses de rangement, cadres sur mesure. C'est un choix clair, et il tient depuis le début.
Un meuble libre peut être déplacé, prêté, emporté lors d'un déménagement du quartier Saint-François vers Harfleur. Le mobilier dit sur mesure, encastré sous un escalier ou vissé dans une niche, nous en faisons parfois, mais avec réticence. Cela suppose de reprendre des cotes sur place, de tenir compte d'un mur qui n'est jamais droit, et de revenir plusieurs fois pour ajuster ce qui ne peut pas être ajusté en atelier. Ce n'est pas impossible. C'est simplement plus lourd, et parfois moins utile au client qu'une pièce posée, déplaçable, qui suivra la famille d'un logement à l'autre.
Les demandes de cadres arrivent souvent par petits lots : photographies anciennes, gravures de la région, affiches de concerts passés au Volcan. Camille Mercier travaille alors en série, avec des profils en chêne ou en frêne, des verres choisis selon le tirage, et un montage qui laisse le papier respirer.
La note locale, à côté de l'atelier
Le site publie aussi une rubrique de notes sur les affaires du Havre : patrimoine, restauration, festivals, archives, débats publics. Ce n'est pas un blog commercial. C'est un carnet tenu à côté, alimenté quand un sujet local mérite qu'on s'y arrête, par exemple la réfection d'un escalier public ou l'ouverture de nouvelles archives municipales, et il ne sert à vendre ni meuble ni prestation.
Ces textes ne remplacent ni un service, ni un conseil professionnel.
L'atelier ne propose ni prestation médicale, ni service financier ou juridique, ni accompagnement scolaire, et ne s'en présente jamais comme capable. Le travail se limite au bois, dans un atelier, à une adresse unique. Pour joindre Kilergflux : 02 89 44 63 44, ou [email protected]. Le site est kilergflux.click, l'atelier se trouve au 136 impasse Danton, 76620 Le Havre, et l'opérateur est Kilergflux SAS. Rien de tout cela n'a changé d'adresse depuis 1995.